Le paradoxe derrière l’appel de Jan Jambon aux femmes à changer de comportement et à travailler davantage

Quand notre ministre Jan Jambon affirme que les femmes devraient « changer leur comportement, travailler un peu plus, pour avoir une meilleure pension », un paradoxe saute aux yeux et une question s’impose. Le paradoxe est simple : on demande aux femmes de travailler davantage, alors même qu’au-delà du temps partiel ou du temps plein qu’elles occupent, elles accomplissent déjà, au sein des foyers, un travail invisible, souvent lourd mentalement et physiquement, non reconnu et non rémunéré, pourtant indispensable au fonctionnement de la famille, de la société et de l’économie.

Dans ce contexte, une question se pose : mesure-t-on vraiment la réalité et les implications de ce travail invisible ? Peut-être que, dans certains milieux, l’aisance financière permet que ces tâches soient accomplies par d’autres personnes que l’on rémunère pour cela. Mais même dans ce cas, il faut bien reconnaître que quelqu’un doit accomplir ce travail indispensable au fonctionnement quotidien de la famille et de la société — car c’est précisément pour cela que certaines personnes sont payées.

Dans la réalité, la vie quotidienne repose sur une multitude de tâches : préparer les repas, laver, nettoyer, faire les courses, organiser la maison, s’occuper des enfants, accompagner les devoirs, gérer les rendez-vous, mais aussi prendre soin des proches malades ou des parents âgés, apporter une présence, du soutien et des soins. Ce travail de care — ces gestes quotidiens qui maintiennent les familles et les liens sociaux — est indispensable. Or ces tâches sont encore majoritairement assumées par les femmes. Elles travaillent donc déjà énormément, simplement d’une manière que l’économie refuse de reconnaître.

Cette réalité explique en grande partie pourquoi les femmes travaillent plus souvent à temps partiel. Il ne s’agit pas seulement d’une préférence individuelle, mais souvent d’une adaptation à une organisation sociale où les responsabilités familiales, domestiques et de soins demeurent inégalement réparties.

Dans ces conditions, demander aux femmes de travailler davantage sans changer cette organisation crée une contradiction évidente : on exige plus de travail visible sans réduire le travail invisible, ni agir pour qu’il soit mieux partagé au sein du couple. D’un côté, les femmes devraient être plus actives professionnellement et participer davantage à l’économie ; de l’autre, elles restent encore largement considérées comme responsables de toutes les tâches, physiques et mentales, qui font tenir le foyer — organiser, prévoir, nettoyer, soigner, soutenir, prendre soin des enfants, des proches malades ou âgés.

Autrement dit, on ajoute encore du poids sur une balance déjà surchargée. Demander aux femmes de « travailler plus » tout en laissant intacte cette répartition du travail revient à leur demander de porter, sur leurs épaules, un système qui repose déjà largement sur elles.

Elles ne peuvent pas simplement « changer de comportement » ni « s’adapter » pour avoir une meilleure pension. Elles ne sont pas des êtres robotiques à qui l’on pourrait télécharger la dernière mise à jour, mais des êtres humains qui portent déjà bien au-delà de ce que l’on voit. Elles ne font pas seulement un travail invisible : elles sont la véritable “main invisible” — celle sans laquelle l’humanisme vacillerait, la société se fragiliserait et le système ne tiendrait tout simplement pas.

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